Reuilly, un site privilégié

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Si l’on croit pouvoir représenter la Champagne berrichonne par une plaine  » à perte de vue « , on y découvrira bien vite une grande variété de paysages, de cultures, de constructions. Avec ses coteaux plantés de vigne, Reuilly est donc une exception parmi d’autres, mais c’est aussi certainement un site privilégié.

Si la présence d’un cours d’eau, voie de communication naturelle, a déterminé, en premier lieu, un point de fixation pour nos plus lointains ancêtres, si nos sources leur ont apporté généreusement l’eau potable sans laquelle toute vie est impossible, leur survie n’aurait cependant pas été assurée s’ils n’avaient pas trouvé dans ce site géographique que je persiste à qualifier de « privilégié » les ressources nécessaires pour subvenir à la fois à leur nourriture et à leurs besoins vestimentaires.

Examinons donc attentivement la configuration de notre village. Pour ce faire, partons des bords de notre rivière. De quelque côté que nous nous dirigions, soit vers Chéry, vers Massay, vers Saint-Pierre-de-Jards et Graçay, vers Paudy et Vatan et encore vers Diou et Issoudun, nous gravissons des côtes plus ou moins raides qui nous mènent invariablement aux abords d’une vaste plaine s’étendant de tous les côtés, à perte de vue. Nous venons de pénétrer dans nos « Champs », dans notre « Champagne berrichonne » terre fertile par excellence, qui est notre terroir, qui fut conquise âprement par nos aïeux au fur et à mesure de l’abattage intensif de la forêt initiale et qu’ils appelaient des « biauces » (déformation locale du mot beausse ou beauce) désignant à l’origine une terre défrichée, donc cultivable. Dans cette terre fertile, nos villageois semèrent et sèment encore le blé, cette céréale providentielle qui nous fournit le pain – notre pain quotidien – qui fut et demeure encore la base essentielle de notre alimentation. Ils cultivèrent aussi l’avoine, indispensable à la nourriture des chevaux (leurs précieux auxiliaires pendant des siècles). D’autre part, nos champs (appelés des « chaumes » après les récoltes céréalières) étaient favorables à l’élevage des moutons, seuls animaux de la ferme capables, grâce à la structure particulière de leurs mâchoires, de brouter l’herbe vive qui croît encore au ras du sol après le passage de la faux. Cet élevage a permis à nos villageoises, tout au long de notre histoire, de filer et de tisser la laine, cette matière textile éminemment précieuse.

Revenons maintenant sur nos pas : nous descendons alors les « côtes » de notre amphithéâtre naturel. Nous arrivons alors dans nos prés, entre Théols et Arnon, prés qui ont abondamment nourri, jusqu’à une époque relativement récente, d’importants troupeaux de vaches laitières, sources de notre approvisionnement en produits alimentaires variés de première nécessité. Mentionnons aussi, à la limite de nos prés, nos deux rivières, l’une et l’autre très poissonneuses.

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Et nos côtes ravinées, désagrégées, ne les oublions pas ! Que sont-elles devenues ? Les pluies ont emporté une grande partie de leur terre végétale, c’est vrai, ne laissant que des pentes siliceuses relativement arides. Or, à l’inverse des plantes céréalières aux racines superficielles, la vigne possède de longues, ligneuses, résistantes racines qui, en pénétrant profondément à l’intérieur du sol, trouvent dans cette couche interne la nourriture et l’humidité dont elles ont besoin pour la croissance et le développement du végétal. Et c’est ainsi que nos côtes, disons maintenant nos « coteaux », se sont couverts de magnifiques vignobles et sont devenus le plus beau fleuron de notre village.

Extrait de « Les origines de Reuilly, évocation historique », par Jacques Lerale. Bulletin des Amis de Reuilly N°1

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